Learning How To Think


Image of the WeekApprendre comment penser
-- de William Deresiewicz

Commençons par comment vous n’apprenez pas à penser. Une équipe de chercheurs de Stanford a publié une étude il y a quelques mois. Les enquêteurs voulaient comprendre comment les étudiants d’aujourd’hui étaient capables de faire du multitasking, de manière plus efficace que les adultes. Comment arrivent-ils à faire cela, se demandaient les chercheurs. La réponse qu’ils découvrirent – et ce n’est pas du tout ce à quoi ils s’attendaient – est qu’ils ne le font pas. Les capacités cognitives améliorées que les chercheurs s’attendaient à trouver n’étaient simplement pas là. En d’autres termes, les gens ne multi-taskent pas efficacement. Et voici la conclusion la plus surprenante : plus les personnes s’adonnent au multitasking, moins ils sont bons, pas simplement pour d’autres aptitudes mentales, mais dans le multitasking en tant que tel.

Une chose qui fait que l’étude était différente des autres, est que les chercheurs ne testaient pas les fonctions cognitives des étudiants pendant qu’ils étaient en train de multi-tasker. Ils ont réparti en deux groupes les personnes qui faisaient beaucoup de multitasking et ceux qui en faisaient moins, et ils ont utilisé différentes séries de tests pour mesurer les types d’aptitudes impliquées dans le multitasking. Ils observèrent qu’à chaque fois, ceux qui étaient enclin à beaucoup multi-tasker, obtenaient de moins bons scores. Ils étaient moins bons à distinguer les informations pertinentes et impertinentes, échouant même à ignorer ces dernières. En d’autres mots, ils étaient plus facilement distraits. Ils étaient moins bons à ce qu’on appelle le « classement mental » : garder les informations dans la bonne case conceptuelle et être capable de la retrouver rapidement. Leurs esprits étaient plus désorganisés. Et ils étaient encore moins bons à la véritable chose qui définit le multitasking-même : le passage d’une tâche à une autre.

Le multitasking, en résumé, est non seulement « ne pas penser », mais il altère aussi votre capacité à penser. Penser signifie se concentrer sur une chose suffisamment longtemps pour développer une idée la concernant. Pas apprendre les idées d’une autre personne, ou mémoriser un corps d’information, par contre mémoriser celles qui pourraient être utiles un jour. Développer vos propres idées. En bref, penser pour vous-même. Vous ne pouvez pas le faire par rafales de 20 secondes, constamment interrompu par des messages Facebook ou des tweets de Twitter, ou en jouant avec votre iPod, ou en regardant quelque chose sur YouTube.

Je remarque pour moi que ma première pensée n’est jamais ma meilleure pensée. Ma première pensée est toujours celle de quelqu’un d’autre. C’est toujours quelque chose que j’ai entendu sur le sujet, toujours la sagesse conventionnelle. C’est seulement en me concentrant, en me collant à la question, en étant patient, en laissant tous les recoins de mon esprit entrer en jeu, que j’arrive à une idée originale. En donnant à mon cerveau une chance de faire des associations, de créer des connexions, de me surprendre. Et souvent même, cette idée n’est pas toujours très bonne. J’ai besoin de temps pour y penser, de faire des erreurs, de les reconnaître, de faire des faux départs et de les corriger, de survivre à mes impulsions, de vaincre mes désirs de déclarer que le boulot est fait et de passer à autre chose.

J’avais eu des étudiants qui se vantaient auprès de moi de la rapidité avec laquelle ils écrivaient leurs articles. Je voudrais leur dire que le grand romancier Thomas Mann disait que l’écrivain est quelqu’un pour qui écrire est plus difficile que pour n’importe qui d’autre. Les meilleurs écrivains écrivent tellement plus lentement que les autres. Et le meilleur ils sont, le plus lentement ils écrivent. James Joyce écrivit Ulysses, le plus grand roman du 20e siècle, à la vitesse d’environ cent mots par jour (…) pendant sept ans. T.S. Eliot, un des plus grands poètes que notre pays n’ait jamais produit, écrivit environ 150 pages de poèmes pendant toutes ses 25 années de carrière. C’est la moitié d’une page par mois. Il s’agit d’une autre forme de pensée. Vous produisez votre meilleure pensée en ralentissant et en vous concentrant.

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Questions pour faire germer la réflexion : Comment vous identifiez-vous à la conclusion que le multitasking altère votre aptitude à penser ? Pouvez-vous partager une histoire personnelle pendant laquelle vous avez ralenti et vous vous êtes davantage concentré sur votre travail ? Qu’est-ce qui vous aide à surmonter la tentation de multi-tasker ?

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Note du traducteur : les mots ‘multi-tasker’ et ‘multasking’ ont été anglicisés pour ne pas alourdir le texte, provenant respectivement de l’anglais ‘to multitask’ et de ‘multitasking’.
 

Excerpted from the article Solitude and Leadership.


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